04 juin 2007

Réflexion sur un tourisme mal géré

AVERTISSEMENT : Ceci n'est pas une somme de refléxions ordonnées mais plutôt une série d'impressions, non exhaustive, concernant essentiellement la mauvaise gestion du tourisme en Afrique, ses causes et ses conséquences.


La scène se déroule dans un petit village du Niger, mais pourrait prendre place n'importe où en Afrique.
Un groupe de touristes observent plus ou moins attentivement une femme fabriquant une grande jarre en argile. C'est une démonstration et la femme a arreté ses autres activités pour se consacrer aux touristes. La démonstration dure environs 10 minutes, un quart d'heure. La femme, bien sûr, trouvera une utilité commerciale au canari fabriqué en express pour les touristes.



La démonstration prend fin, les touristes se lèvent et remercient chaleureusement. Leur guide leur glisse à l'oreille que cela ne suffit pas et qu'un cadeau est attendu. C'est naturel, une prestation mérite salaire, ce dernier mot aurait d'ailleur plus de dignité que cadeau mais bon... passons.

Un des membres du groupe donne donc une pièce de 500 francs CFA à la femme, soit 80 centimes d'euros, l'équivalent d'une demi-journée de salaire. C'est beaucoup, mais il est difficile de donner moins, la plupart des touristes qui n'ont aucunement conscience du salaire moyen au Niger donnent beaucoup plus. Et effectivement, cela ne manque pas, le guide fait vite remarquer que vraiment 500 francs ce n'est pas beaucoup, la dernière fois les touristes qui sont passés ont laissé à la femme... 5000 francs. Soit, vous avez bien calculé, 5 jours de salaires moyens pour 10 minutes de travail (ca bien sûr le guide ne le précise pas).

Certains d'entre vous seront peut être choqués que ces touristes (ceux qui ont donné 500 francs) profitent du faible niveau de vie du pays pour ne donner qu'une si petite somme. C'est une façon de voir les choses. Mais il faut aussi savoir que donner des sommes disproportionnées en comparaison du niveau de vie du pays est la meilleure façon de déstabiliser complétement l'économie et la vie sociale d'un village, et c'est malheureusement ce qui se passe dans la plupart des cas.

Le tourisme en Afrique présente ainsi plusieurs problèmes assez conséquents. En premier lieu, en ce qui concerne les prestations en elles-mêmes, elles sont souvent très loin de ce que pourraît attendre un client. La promesse d'argent facile entraîne une multitude de jeunes garçons à s'improviser guide sans en avoir la moindre compétence. Ils se contentent donc le plus souvent de vous montrer le chemin, de vous donner deux-trois infos, comme par exemple "voici la place du village", "ici, c'est l'école" ou encore "Ca, c'est des chèvres !". En fin de compte, si vous arrivez à obtenir de votre guide les infos qui se trouvent dans votre lonely planet, routard ou autre guide vous pouvez déjà vous estimer heureux.

Il n'est pas rare que votre guide "officiel" soit accompagné par un ou deux autres garçons qui à la fin bien sûr vous réclameront "cadeau"... Leur expliquer que dès le début ils savaient que vous aviez un autre guide ne servira pas à grand chose, si ce n'est à vous en débarraser... à moins, à moins que les prochains touristes réagissent de même, jusqu'à ce que ces petits parasites comprennent que ce n'est pas en suivant 5 touristes déjà accompagnés d'un guide qu'ils se feront de l'argent. Mais, malheureusement, la culpabilité aidant, l'aggacement aussi, la plupart des touristes craquent...



Autre aspect pénible et quelque peu déprimant du tourisme en Afrique : les vendeurs de souvenirs qui selon les propres propos de l'un deux "insistent comme des requins jusqu'à ce que le client craque et leur achète un truc". Car ici, l'intérêt du client ne compte guère, c'est avant tout vendre qui compte (c'est du commerce me direz vous). Tous les moyens sont bons. Du simple "viens voir juste pour le plaisir des yeux"... et après on ne te lache plus. Jusqu'au chantage culpabilisant du genre "Si tu n'en veux pas, achète juste pour me faire plaisirs, mon frère est malade" (ou ma mère est morte, mes enfants n'ont pas mangé depuis 2 jours, etc, etc.), en passant par la technique de notre ami Abou, avec qui nous avons passé 2 jours à Iférouane et qui le dernier soir, alors que nous mangeons avec tout le monde (nos hotes touaregs) nous demande de le rejoindre discrétement derrière la maison car il a un cadeau à nous faire (mais il ne veut pas faire ça devant tout le monde).

On sent un peu le coup foireux venir, mais d'un autre côté on vient de passer 2 jours entiers en sa compagnie, on a passé des bons moments, bref on y va. Arrivés derrière la maison il nous offre trois bracelets, assez jolis il faut le reconnaître. Je lui dis que je suis un peu gêné car nous, nous n'avons rien en échange.

Pas de problème, pas de problème, un cadeau c'est pas pour recevoir quelque chose en échange.

Et là, magie, notre Abou déploie son tapis aux merveilles et ses bijoux s'étalent devant nos yeux mi-amusés, mi-désabusés. "Aller vous allez, bien m'en prendre un petit chacun non ? deux même, ça serait mieux !"



Merci Abou pour le cadeau ! (bon comme ses bijoux étaient plutôt jolis on en a pris un chacun, et puis on avait pas envie de s'embrouiller à lui faire la morale après deux jours passés en sa compagnie... avec le recul on aurait peut être du, mais si tu passes ton temps à faire la morale aux gens qui font des choses incorrectes, tu n'en fini plus, malheureusement).

Issoufou, notre ami touareg et hôte à Agadez, après avoir visité avec nous un village aux alentours de Niamey, village où nous avons dormi et mangé, m'a fait remarquer : "vraiment les touristes, vraiment vous souffrez beaucoup en Afrique".
Merci de ta compassion Issouf. Faut dire que ces deux jours à Boubon (allez lachons le mot) avaient été corsés !


La bande presque au complet après une nuit de tempête sur l'île Boubon (un petit air de Ko-lanta, non ?)

Le patron du campement où nous avons dormi est gentiment venu nous chercher à Niamey, contre rémunération bien sûr, mais pas trop cher. Premieres impressions plutôt bonnes donc, d'autant plus que nous lui avons annoncés dans un second coup de fil que nous étions 6 au lieu de 3 et qu'il n'a pas augmenté son prix.

Tout aussi gentiment il nous a expliqué que vraiment, il était gentil, car avec le prix qu'il nous faisait payer, vraiment il ne rentrait pas dans ses frais (avec 7000 francs, le prix que nous avons payé, on a environs 13 litres d'essence. L'aller-retour Boubon-Niamey fait 40 kms. Sur ces faits, une question : pourquoi nous dire qu'il ne rentre pas dans ses frais alors que c'est faux et qu'il n'essaie pas de monter son prix, que nous n'avons pas marchandé ? Désolé, je n'ai pas la réponse. Peut être voulait-il tout simplement nous faire plaisirs, mais bon....)
De plus en plus sympa, le gars nous dis qu'il préfère qu'on achète pas d'eau pour en acheter chez lui... bien sûr il nous dis pas que le lendemain matin, la facture indiquera 1200 francs par bouteille, soit plus du double du prix d'achat au bord de la route. Bref, nous sommes un peu pris en otages (cette malhonnêteté a particulièrement touché Issouf, d'autant plus que l'on a rien pu dire car au matin, le patron n'était plus là).
Ensuite la visite du village des potiers, s'était là (le guide lui aussi a essayer de nous expliquer que par rapport aux autres touristes on était vraiment de gros radins... Arf, ma couverture est démasquée, oui les ignobles touristes qui ne donnent que 500 francs à la potière c'est bel et bien nous autres !!!!).
Enfin, le lendemain matin, gamins collants, chauffeur de taxi-brousse moyennement honnête, enfin de quoi désespérer le pauvre Issouf. D'autant plus que même si nous étions alors loin de sa région, cela reste son pays, et ça doit lui faire un peu mal au coeur de voir ses invités traités de la sorte.

Comme si Issouf venait se ballader chez nous, à Grenoble par exemple, et que des petits gars en bleu lui réclamaient ses papiers tous les 5 minutes.... on serait géner non ? et bah lui c'est pareil !

Peut être aussi son malaise vient-il de voir à quel point la pauvreté, le manque d'éducation et une certaine misère poussent les gens, enfants et adultes, à agir ainsi, perdant toute dignité.

Car, si le touriste souffre Issouf, ce n'est qu'un moindre mal. Si l'Afrique ne souffrait pas, on n'en serait sans doute pas là. Et, même si tous ces petits guides inutiles, ces vendeurs pots de colles et tous ces gamins accrochés à tes basques te réclamant un cadeau m'exaspèrent parfois, comment leur en vouloir ?

(A ce niveau il est important de noter que cette description, qui est un peu l'image d'Epinal du tourisme dans les PMA -pays les moins avancés, je n'ai pas pu m'empêcher de glisser ce terme affreux mais réaliste que j'ai lu dernièrement dans un ouvrage sur le développement en Afrique - est vraie dans les lieux ultra touristique, mais que la plupart du temps, ce balader en Afrique ne reléve pas du parcours du combattant et, qu'en de nombreux endroits, les gens sont tout à fait charmants, accueillants et dignes).

Quand ils voient des gens avec un pouvoir d'achat 30 fois supérieur, et la plupart du temps n'ayant aucune idée de la valeur des choses en Afrique, débarquer chez eux, comment voulez-vous qu'ils n'essaient pas d'en profiter ?

De même, difficile de blâmer le touriste qui fraichement arrivé, a bien du mal à s'y retrouver avec les convertions, la valeur des choses, les stratégèmes employés par les guides pour soutirer un maximum... Bien sûr, l'idéal serait que les visiteurs prennent le temps de se renseigner avant d'arriver. Mais même dans ce cas là, ce n'est pas forcément évident de gérer le choc en arrivant, et de se défaire d'un sentiment poisseux de culpabilité devant la pauvreté des gens.

C'est facile pour nous, après 10 mois en Afrique de se rendre compte de ces choses là, de moins en moins dur aussi à gérer (même si des fois on a vraiment l'impression d'être des murs de glace mais bon...), mais je comprends le gars qui est là trois semaines et qui ne gére pas du tout.

Le malheur, le vrai malheur, ce n'est pas pour le touriste je pense, même si souvent les prestations sont loin d'être à la hauteur de ce que l'on pourrait attendre (sauf si l'on passe par une agence qui organise tout, mais là, c'est encore plus dur de se rendre compte de la réalité africaine je pense. Après, pour des vacances, j'en viens presque à conseiller ce mode de tourisme... ).
Non le malheur c'est bel et bien pour l'Afrique qui est parfois littéralement vidée de ses forces vives, les jeunes hommes et les adolescents étant attirés par les lumières éphémères des revenus énormes que peut offrir de travailler avec des blancs.
Ansi à Iférouane (village au coeur du massif de l'Aïr où passe de nombreux véhicules de touristes) nous avons eu le droit à un comité d'accueil au taquet (tout comme à Abarakan, le village précédent) composé d'au moins 4 forgerons nous présentant leur bijoux... ils ne travaillent pas ensemble mais vendent tous les mêmes bijoux. Nous, nous étions 3 ! Ils nous expliquent que vraiment il faut acheter car la vie est dure, la saison touristique est finie, ils faut qu'ils nourrissent leur famille, et patati et patata. Et bien écoute, si le tourisme ne nourrit pas son homme, retourne aux champs, bosser sur les chantiers, ou n'importe quoi d'autre plutôt que d'attendre le touriste comme un crev' sans rien foutre d'autre.

Car, ils ne foutent rien, ils attendent juste le touriste. Et pour la plupart ils se contentent d'acheter les bijoux à de vrais forgerons et à faire la finition. Ils forment finalement un petit groupe de fainéants cherchant l'argent facile et que le reste de la communauté souvent méprise, et jalouse aussi un peu.

Quand nous sommes arrivés à Timia, où Efat, un jadinier, nous a accueillis dans son camping qu'il a aménagé dans son jardin, quelle joie ! Joie de marcher avec lui au milieu des arbres fruitiers, des petits carrés de plantation irrigués patiement, de voir l'oeuvre du travail de l'homme, du vrai travail, celui qui peut nourrir l'Afrique, quelque soit les circonstances politiques ou conjoncturelles.



Il faut là aussi noter que jusqu'à aujourd'hui Efat, à la saison touristique, préférait quitter son jardin pour aller travailler comme cuisto ou accompagnateur dans les agences d'Agadez. Son projet de camping a justement pour but de lui apporter des revenus suplémentaires grace au tourisme, tout en continuant à travailler au jardin. Car ce jardin il l'aime, c'est certain. Et tout doute disparait quand il se met à vous parler du dernier arbre qu'il a planté, de la greffe qui va lui permettre d'obtenir de plus beaux fruits, de l'importance de protéger la vigne du vent, et bien d'autres choses encore. Un vrai et beau métier vraiment... rien à voir avec le chasse touriste (petit nom gaté donné à tous les parasites qui tournent autour du tourisme au Niger).

Car tous ces glandus qui attendent le touriste, le jour où celui ne vient plus car la situation du pays se trouble, qu'est ce qu'ils font... ils sont dans la merde tout simplement !!!

Bref, à mon humble avis, le tourisme à outrance tue la productivité de certaine région en Afrique. Bien sûr le secteur touristique est un secteur économique important, mais il n'y a pas de place pour tout le monde et, surtout, ce n'est pas ça qui fera avancer le développement.
Bien sûr il existe des projets de tourisme équitable qui marchent (cf les Balé Mountain en Ethiopie), mais même dans ces cas-là, souvent on se rend malheureusement compte que ce qui intéressent vraiment les personnes qui y participent, c'est leur propre intérêt avant tout.

Deux exemples :

Cocobeach est une plage privée, gérée par une association de volontaire dont l'intitulé est : association des jeunes volontaires pour le développement du littoral marin et la promotion des loisirs.



Nous avons logé là-bas pendant une semaine. Super accueil et cadre vraiment sympa.
Après quelques jours je demande à Tony comment ils agissent pour le développement du littoral, s'ils interviennent auprès des jeunes pour les sensibiliser à la protection des côtes, etc...
Incompréhension dans le regard de Tony. Non, non, le but de l'asso est de développer LEUR bout de littoral, pour pouvoir faire payer le droit d'accès plus cher et gagner plus d'argent... Ahhhhhh, ok, et moi qui bêtement pensais que c'était un projet de tourisme durable et équitable !
Bon cela n'enlève rien au fait qu'on y a passer un bon moment et que Tony et Antoine nous ont vraiment accueillis comme des rois

Deuxième exemple, Kouma-Konda et l'AGKK (association des guides de Kouma-Konda).

Kouma-Konda est un minuscule village dans la région de Kpalimé au Togo. Ce petit village est internationalement connu (du moins par ceux qui projettent de visiter le Togo) car un homme y a développé le tourisme, mais contrairement à beaucoup d'endroit dans le monde, ce n'est pas le cadre (aussi joli soit-il) ou encore un quelconque intérêt touristique majeur qui lui à donner cette idée, mais tout simplement une passion pour les papillons et la forêt.




C'est exeptionnellement rare. Un guide passionné en Afrique ! Un guide qui a commencé son activité avant l'arrivée massive des touristes ! Car Proper, c'est son nom, est encore et toujours guide. Et comme c'est un bon guide la renommée de Kouma-Konda n'a cessé d'augmenter par le bouche à oreille, les guides de voyages etc...

Devant cette aflux de touristes, les hommes du villages se sont mis eux-aussi à s'intéresser aux papillons et surtout, aux touristes.

En peu de temps tout le monde s'est mis à attraper des papillons et à vendre des vitrines d'insectes épinglés. Rapidement des conflits ont éclaté dans le village car il y avait plus de guides que de touristes (Kouma-Konda a beau être internationalement connu, le Togo n'est pas une destination touristique majeure). Et les guides se disputaient les quelques-uns atteignant le village et essayaient de les récupérer avant qu'ils trouvent Proper. De plus, nombres d'entre aux étaient évidemment incompétents et nuisaient à la réputation du village. Lui-même, fort de sa réputation restait au-dessus de tout ça et devant les problèmes que rencontraient la communauté il proposa aux guides de se former en association, association qui pourrait aussi participer au développement du village.

C'est ce que firent les guides. Et il faut reconnaître qu'ils y sont plutôt bien arrivés. L'association propose maintenant des excursions bien définies, emprutant des sentiers entretenus par leur soin et passant par des sites qu'ils ont amménagés. Chaque jour, un ou plusieurs guides assurent une permanence et ainsi cela évite les disputes entre guides. A la fin du mois, les revenus de l'association sont partagés entre les guides et une partie est réservé pour l'entretien des sites et des sentiers, et une autre pour le développement des villages aux alentours. Vraiment très bien.
Nous avons fait une petite balade avec eux et c'était vraiment bien et intéressant.



Malheureusement il y a aussi quelques bas qui blessent. L'existence de cette association n'empeche certains de ses membres de mentir effrontement pour appater le client, et même essayer de squizer le tour d'un autre (nous en avons été témoins).
Prosper, lui, n'a pas jugé bon de rejoindre les rangs de cette association. Pas très partageur. Peut être. Mais d'un autre côté, sans lui, le village ne se serait jamais développé, la plupart des activités que l'association propose sont des redites de ce qu'a fait Prosper. Bref je comprends qu'ayant développé un business, ce l'étant fait quelque plagié, ayant aidé les jeunes guides à s'organiser, il souhaite tout de même garder une petite part pour lui, d'autant plus qu'il participe lui aussi à la sauvegarde du couvert forestier de la région à travers une autre association, composée des anciens du village (nous avons pu assister - de loin - à une de leurs réunions).
Du coup, les jeunes guides, tout en reprenant l'essentiel des choses développées par Prosper, dont tout pour le dénigrer auprès des touristes, l'accusent de tous les maux, comme d'utiliser leurs sentiers sans leur verser de redevance, de ne pas proposer de circuit originaux, de n'aimer que le fric.
Peut-être, difficile de se faire une idée en deux jours. Quoiqu'il en soit, ces multiples remarques de notre guide à la fin de notre ballade avec l'AGKK, nous ont un peu agacés. Nous avons donc décidé de faire une ballade avec Prosper deux jours plus tard.
Premièrement il ne nous a jamais fait passé aux mêmes endroits et la plupart du temps nous avons évolués au sein de zones forestières non aménagées.
Deuxièmement, le dénommé Prosper nous a demandé quelle genre de visite nous avions fait avec l'AGKK (sans s'offusquer aucunement que nous ayons aussi fait une visite avec "ses concurents", qu'il autorise d'ailleur à venir chercher des clients dans sa propre auberge) et une fois renseignement pris, nous a offert quelque chose de complétement différent.
Troisièmement, si il est indéniable que l'argent l'intéresse (mais qui n'est pas intéressé par l'argent), nous n'avons jamais rencontré un guide durant tout notre voyage qui fait passer avec une telle passion les informations. Ou il est excellent comédien, ou vraiment il aime "sa" forêt et tout ce que l'on peut y trouver.

Bref, nombre d'accusation portées contre Prosper par notre premier guide étaient fausses et ce genre de comportement est, je pense, plutôt dommageable pour l'activité touristique en général.
De plus, du moment où nous sommes partis avec Prosper, les autres guides ne nous ont plus adressé la parole, comme si cela était un péché mortel de les "trahir" (c'est comme ça qu'ils semblaient le prendre en tout cas).

Ce cas illustre donc assez bien le genre de jalousie qui peuvent se développer dans un village du fait du tourisme.

Mais qu'en est-il du développement durable et du tourisme équitable que j'étais sensé illustrer avec cette exemple (euh oui, je me suis un peu dispersé...).
Nous avons vu qu'une partie des revenus était sensée aller à des initiatives de développement, qu'une autre était pour l'entretien et que le reste était partagé entre les guides. Très bien.

Malheureusement là encore certaines choses sont assez bizarres : les membres de l'association quand ils ne travaillent pas avec les touristes sont pour la plupart poster à l'entrée du village, comme de vulgaires rabatteurs, à tapper le carton. D'autre sont sur la place, à rien foutre non plus... Pourquoi ne profitent-ils pas de leur temps pour élaborer des projets, participer à des actions ? Honnêtement je pense que pour beaucoup, l'association n'a d'autre but que de leur apporter un revenu ce qui peut paraître normal. Certains, quand ils ne travaillent pas, restent dans leurs villages situés aux alentours, et cultivent leurs champs. Mais beaucoup d'autre, attendent juste en glandant le client... en tout cas nul part nous n'avons vu un début d'action de développement durable (nous n'étions là que 3 jours, mais l'impression générale était tout de même plutôt celle d'une bande organisée pour chopper du client et glander le reste du temps).

Ce dernier exemple est donc entre deux impressions, une gestion tout de même plutôt bonne du tourisme, mais avec encore quelques problèmes récurents, peut être tout simplement propre à l'activité touristique quelque soit le lieu. Ce qui est vraiment dommage ici, c'est de voir comment le tourisme attire toutes les forces vives du coin sans que les personnes y participant ne se rendent comptent qu'il n'y a pas de place pour tout le monde et que leur énergie (sic) pourrait être plus utile ailleur.

Voilà. Après dix mois de voyage en Afrique nous en sommes arrivés à nous demander si le tourisme était vraiment une bonne chose pour le continent, du moins géré comme il l'est. Peut être est-ce par ce que nous avons toujours affaire aux petits guides non officiels, étant donné notre budget. Le voyage par agence permet d'éviter ce genre d'impression, mais la plupart du temps les populations n'en profitent absolument pas. Le tourisme équitable pourraît être la solution, mais il faudrait qu'il soit professionnalisé et ne serve pas uniquement d'outil marketing (et là ce ne sont pas les grosses agences que je vise mais plutôt certains petits projets bidons).

02 juin 2007

choc thermique

Bonjour a tous,
Encore un post purement informatif quant au devenir du Babuvati, cet être etrange et mystérieux qui après vous avoir abreuvés (peut être gavés) de post a rallonge ne donne plus que quelques nouvelles sporadiques et fort breves.
Le Babuvati, apres une adaptation climatique rapide aux temperatures nigeriennes (environs 40° degrés en moyenne, avec des pointes a 50, sans probleme) a bien failli mourrir de froid ce matin en passant 7 heures dans un bus climatisé (on a pas fait expres) a peu etre 23 degrés, pour rejoindre Ougadougou, Burkina-Fasso.
Ici il semble qu'internet soit plus adapté au travail de fond du Babuvati qiu va donc devoir remettre son double cerveau de sciapode bicephale en marche apres quelques semaines d'innactivités... on ne sait pas encore ce qu'il va en sortir, mais sans doute des larmes, du sang, de l'aventure, des rires, de la joie et surtout plein plein de decouverte (et aussi peut etre quelques reflexions sur les méfaits et bienfaits du tourisme, la vie politique africaine, une anthologie de Pierre Rabhi par Vabu (merci romain le botaniste, non non pas doit Nanard, les remerciement arrivent plus tard !) ).... bref du pain sur la planche !

Voila, bon Rom', tu n'auras pas trop a attendre pour les remerciement ! donc on remercie Rom', notre quatrieme invité en terre africaine (ou 7eme plutot, les parents a chaque fois ca en fait deux) avec qui on vient de passer 3 exelentes au Niger.
On remercie aussi et surtout Issoufou qui nous accueilli dans sa famille a Agadez et avec qui nous avons encore passé beacoup de temps a Niamey ! Merci merci !

Bon vent a tous et a bientot,

Le Babuvati

27 mai 2007

Des nouvelles toutes chaudes

Bonjour tout le monde,
Bon, comme vous l'aurez remarqué il n'y pas grand chose de neuf dans les aventures du Babuvati.
Ce n'est pas qu'il ne se passe rien, mais plutot que les instalations internet de l'Afrique de l'Ouest (Togo, Benin et Niger en tout cas) sont de bric a broc : Pas un pc qui ait a la fois les logiciels necessaires et un lecteur usb ou cd/dvd. Donc difficile de poster des photos et de faire un boulot correct (tout le monde sait que le Babuvati est un vrai maniaque du travail bien fait !!!)
Bref, une fois n'est pas coutume, on va se contenter de vous donner quelques nouvelles et peut etre que plus tard vous pourrez lire des choses un peu plus originales et interessantes.

Nous sommes maintenant au Niger, Niamey exactement, apres deux semaines de périples dans la région d'Agadez (centre du pays), ou nous avons été logés chez Issoufou, un ami Touareg que Bati a connu par sa soeur. On a fait ce bout de chemin avec Rom' et ce dernier vous laissera peut etre ses impressions dans un post ultérieur, en special guest quoi !

Voila donc tout va tres bien et nous vous en dirons plus dans quelques temps !!!

A oui sinon notre retour est maintenant a peu pret fixé, ce sera dans pile deux mois, le 28 juillet exactement ! Une grosse fete est prevue courant aout dont la date reste a preciser, sans doute a soisy chez les parents de Bati, on pourra loger les gens !!!

A bientot tout le monde,

Le Babuvati.

06 mai 2007

accouchement

aujourd'hui, et dans la douleur :o), le babuvati a enfin accouché de son histoire de l'ethiopie, alors armez vous de courage et bonne lecture.

tout va bien pour nous, au Togo que nous quittons dans quelques jours pour le Niger.

Bises.

21 avril 2007

Y fait chaud !!!!!

Bonjour nos amis fideles du jeu des 1000 euros, euhhh.... non les amis fideles du Babuvati.

Il est bien arrive au Ghana, ou il a retrouve la chaleur de la Reunion en plein ete. Et... il a du mal a lutter contre celle-ci. Donc il se refugie dans le cyber climatise afin de mettre a jour le blogus.

Au programme, 3 post
- Un pave de Bati sur l'histoire de l'Ethiopie racontee aux enfants ! Simple d'acces mais tres tres long (comme il est tres tres long et que Bati a glande toute la matinee sur msn messenger, ce post n'est pas pret, mais il arrive il arrive !)
- Le numero deux de Tranches de vie.
- Un port folio.

18 avril 2007

Les Ethiopiques. 10 Port folio tres chretien

Dans l’eglise

Enlever ses chaussures avant d’entrer. Sombre, taillee dans la pierre. Murs larges de couleur rouge. Peu de chaises et bancs, tapis par terre, tentures Lourdes de 5-6 metres de hauteur, pour proteger le saint des saints de la vue des communs des mortels ( seuls les pretres y sont autorises). Immenses peintures (2 metres/3) de Jesus, aux couleurs vives un peu kitch, avec les rideaux au crochet pour proteger de la poussiere.

Dans le carre central, des hommes, plus ou moins jeunes, entament des chants sur des variations de “Ahhh Ohhhh”, 2 gros tambours poses a terre donnent le rythme lent. Parfait pour la transe et la meditation. Des cliquetis que les homes balancent de leur main font penser aux chaines des esclaves tapant au sol. Tous sont en toge blanche. Une pauvre forme blanche est accroupie, recroquevillee contre un pilier, a peine visible, cette femme doit prier.



Eglises de Lalibela





















Parchemin en peau de chevre


Bible sur support en bois.


Eglises du Tygree
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Peintures murales ou sur bois.






Massif du gheralta, ou sont cachees les eglises.



Entree vertigineuse d'Abouna Yemata








Remarquez la scarification d'une croix sur le front

Ambiance recueillie pour le vendredi saint.


Eglise Sainte Marie de Sion, Axum

La sainte Trinite






Bible millenaire





15 avril 2007

Les Ethiopiques - 9 L'Histoire de l'Ethiopie racontee aux enfants... et aux plus grands

Bonjour, apres notre boucle de trois semaines dans le nord ethiopien, nous avons decide de vous en faire part essentiellement a travers l'Histoire du pays. En effet cette boucle, nommee a juste titre la route historique, permet de decouvrir les sites majeurs de l'Histoire ethiopienne, du moins celle de l'empire abyssin.



Nous avons choisi de la raconter de maniere simple (mais detaille) pour que tous puissent en profiter, mais que le titre ne trompe personne, cette Histoire ethiopienne est aussi pour les adultes.
De temps a autre nous expliquerons du vocabulaire, ceci est bien sur essentiellement destine aux enfants.
A cote de l'Histoire de l'Ethiopie nous donnerons aussi quelques informations complementaires, nommees "pour en savoir plus" et indiquees en rouge et en italique.

Enfin une partie du texte ayant ete tappe sous Word, vous aurez la joie d'avoir des accents, mais ne vous etonnez pas si parfois ils disparaissent (comme dans l'introduction que vous etes en train de lire)



L'Histoire de l'Ethiopie Racontee aux Enfants... Et aux plus Grands

Chapitre I. L'Antiquite, le temps des legendes.

Du temps de l'Egypte ancienne gouvernée par les pharaons, les Egyptiens faisaient déjà des échanges avec un mystérieux pays loin au sud. Le nom de ce pays était le "Pays de Pount". Il était très riche en or et en ivoire de défenses d'éléphant. C'est ces trésors que les Egyptiens venaient chercher au Pays de Pount.

Pour certains historiens, le mystérieux Pays de Pount était peut être la région du Sud Soudan et du Nord de l'Ethiopie. Ce nord de l'Ethiopie les historiens et les géographes l'appellent l'Abyssinie. Pendant des siècles et des siècles c'est comme cela que tout le monde appellera l'Ethiopie.


Tout cela se passait il y a très très longtemps, presque 5000 ans, soit 3000 ans avant Jésus Christ. C'est pour cela qu'il est difficile de bien connaître ce temps la.


Pour les Ethiopiens, l'Histoire de leur pays commence il y a 3000 ans (1000 ans avant J.C.). A cette époque une reine qui s'appelait Makeda régnait sur l'Abyssinie depuis la ville d'Axoum, tout au nord de l'Ethiopie actuelle. Pour les Ethiopiens cette reine est la Reine de Saba qui est mentionnée dans la Bible. Selon la Bible, cette reine rendit visite au Roi Salomon, un roi d'Israël très important pour le peuple juif, et qu'elle eut un enfant avec lui.



visite de la Reine de Saba au Roi Salomon

Pour les Ethiopien cet enfant fut Ménélik, qui devint roi d'Abyssinie après sa mère. Quand il devint roi, il rendit visite à son père, à Jérusalem. La, sur l'ordre de Dieu, il déroba un objet sacré et très important qu'il ramena ensuite dans son pays. Cet objet était l'Arche d'Alliance, un coffre qui renfermerait les Tables de la Lois. Ces Tables de la Loi c'est Dieu qui les aurait données à Moise après lui avoir dictées les Dix Commandements. Tout cela est un peu compliqué et est raconté dans la Bible. Ce qu'il faut retenir c'est qu'il y a 3000 ans Ménélik ramena l'Arche d'Alliance et les Tables de la Loi en Ethiopie et que pour les Juifs et les Chrétiens ces objets sont très importants.


Pour les historiens cette histoire n'est sans doute pas vraie. Pour eux c'est une légende. Pour essayer de reconstruire l'Histoire, les historiens et les archéologues se servent des traces qu'ont laissées les anciens peuples. Ces traces peuvent être soit des ruines d'anciens bâtiments avec parfois des objets restés dedans, des restes de vieux tombeaux avec eux aussi des objets, des armes, des statues, soit des textes anciens qui racontent l'histoire de ce temps la.



L'entrée d'un tombeau a Axoum.
Celui-ci daterait du début de l'ère chrétienne (a peu pret au moment de la vie de Jésus)

Selon ces différentes traces, les historiens pensent qu'une première civilisation s'est développée près d'Axoum vers le VIIIeme siècle avant J.C. (il y a 2800 ans). De cette civilisation on ne sait pas grand chose. Les traces retrouvées par les archéologues permettent de dire que ses chefs étaient venus du sud de la péninsule arabique (la péninsule arabique c'est la grande et large bande de terre ou se trouve l'Arabie Saoudite et le Yémen entre autre), que leur langue était le sabéen (une très vielle langue, ancêtre de l'arabe moderne et cousine avec le Gu'ez, le tigréen et l'amharique, des langues encore parlées en Ethiopie de nos jours) et qu'ils adoraient des dieux sabéens.


On ne sait pas vraiment pourquoi mais cette civilisation disparu vers 500 avant J.C.


C'est peut être a cette époque qu'Axoum commença a se développer. Tu te rappelles, cette ville qui selon la légende était la capitale de la Reine de Saba. Et bien pour les historiens elle n'existait sans doute pas avant le Veme siècle avant Jésus Christ. En fait les traces retrouvées permettent juste de dire qu'elle existait au premier siècle après Jésus Christ. Historiquement on peut donc dire que le royaume d'Axoum dura du premier au Xeme siècle ap J.C.


Palais dit de la Reine de Saba, à Axoum.
Pour les éthiopiens, ce palais daterait de 1000 ans avant Jésus Christ et aurait été celui de la reine de Saba. Mais les archéologues l'ont daté des premiers siècles de l'ère chrétienne (donc plus de 1000 ans plus jeunes)

A partir du premier siècle de notre ère donc, Axoum est souvent cité par des écrivains grecs. Grâce au commerce que les Axoumites faisaient avec les Romains, les Perses (les habitants de l'Iran qui a l'époque s'appelait la Perse), les Indiens (d'Inde) et même peut être les Chinois (des vases chinois ont été retrouvés dans certaines ruines), leur empire était très très puissant. Un Perse écrit même qu'il faisait parti des quatre plus grands empires du monde !

Jusqu'au IVeme siècle ap JC, la religion d'Axoum était basée sur l'adoration des dieux du Soleil, de la Lune et de la Terre. Les langues qu'on y parlait étaient le grec, utilisé pour le commerce, le sabéen et le Gu'ez, une langue proche de l'arabe (on dit sémitique) et qui est l'ancêtre des langues parlées actuellement dans le nord de l'Ethiopie (l'amharique et le tigréen).



Inscription en Gu'ez sur une stele d'Axoum. Sur les autres faces de la stele le même texte est gravé en grec et en sabéen. Un peu comme la Pierre de Rosette qui permit à Champollion de dechiffrer les hieroglyphes égyptiens

Les traces laissées par ces gens la sont surtout de très grandes pierres taillées dans un seul bloc et dressées vers le ciel. On les appelle des monolithes (ce qui veut dire "un seul bloc") ou obélisques (et pas Obelix, même si certaines ressemblent a des menhirs géants, mais si grand que même en étant tombe dans la potion magique quand il était petit, Obelix aurait du mal a les porter).




Le plus grand de ces monolithes mesurait 33 mètres de haut (imagine un immeuble de 10 étages) et pesait 400 tonnes ! Maintenant il est écroulé par terre. Les chercheurs se demandent s'il n'est pas tombé quand les anciens Ethiopiens ont essayé de le mettre debout.




Ces énormes pierres étaient taillées dans le granit, une roche très très dure, dans une carrière a 4 kilomètres de la cité. On se demande encore comment ces gens ont fait pour les tailler, les transporter jusqu'a la ville et les dresser. Tout ça sans machines mécaniques comme il existe aujourd'hui, seulement avec la force humaine et sans doute animale. Imagine transporter un immeubles de 10 étages a une époque ou seules les charrettes existaient !




Les Ethiopiens pensent que leurs ancêtres ont utilisé des éléphants pour faire tout ça (transporter et dresser les pierres). Un de leur roi en aurait possédé plus de 3000 !



Enfin tout cela reste bien mystérieux.


Chapitre II. Christianisation, Grandeur et Fin du Royaume d'Axoum




Au IVeme siècle ap JC, un événement capital pour l'Ethiopie se produisit a Axoum (capital veut dire très très important). Le roi de cette époque qui s'appelait Ezena se convertit au christianisme. Ca veut dire qu'il abandonna ses anciens dieux pour adorer uniquement le Dieu de la Bible, Jésus et la Vierge Marie. Cette conversion eut lieu après l'arrivée de deux naufragés syriens qui servirent de professeurs au roi et lui enseignèrent les principes de la foi chrétienne.


Pour en savoir plus : A l'époque la Syrie faisait partie de l'Empire Romain et la religion chrétienne même si elle n'y était pas encore officielle avait déjà beaucoup d'adeptes (un adeptes c'est quelqu'un qui suit les principes et les règles d'une religion ou d'une façon de penser.)

Cette conversion du Roi Ezena (330 ap JC) fait de l'Ethiopie un des plus vieux pays chrétiens du monde. Rappelle toi que la religion chrétienne ne devint officielle dans l'Empire Romain que 60 ans plus tard et que Clovis, le premier roi de France ne devint chrétien qu'en 496 ap JC, soit 166 ans après le roi d'Ethiopie !



conversion du roi Ezena

Au début la nouvelle religion ne concernait que le roi et les nobles qui vivaient avec lui. Mais, au Veme siècle, 100 ans plus tard une grave dispute divisa l'église chrétienne dans l'Empire Romain. Suite a cette dispute certains moines durent fuir l'Empire et se réfugièrent en Ethiopie. Ils venaient surtout d'Egypte et de Syrie. La tradition les a retenus sous le nom des Neuf Saints Syriens. Ils sont très important pour les Ethiopiens car se sont eux qui auraient apporter le christianisme dans les campagnes et auraient donc converti tout le pays.


Les 9 saints syriens

Une bible en Gu'ez

Comme ces personnes, les 9 saints syriens, avaient fuit l’Empire car ils n’étaient pas d’accord avec l’Eglise de Rome et de Byzance, ils enseignèrent une religion un peu différente de celle que nous connaissons en France et en Europe. On dit que les Ethiopiens sont des orthodoxes éthiopiens. On précise « éthiopiens » ce ne sont pas les mêmes orthodoxes que les Grecs ou les Russes. Toutes ces histoires de religion sont décidément bien compliquées. Ce qu’il faut retenir c’est que le christianisme en Ethiopie est très ancien et que la façon dont les Ethiopiens prient et pratiquent leur religion est un peu différente des catholiques et des orthodoxes grecs et russes, même si les trois religions croient en Dieu, Jésus, le Saint-Esprit et la Vierge Marie.




L'un des 9 saints syriens, Abuna Yemata. Comme on peut voir sur cette image, la conversion des populations éthiopiennes ne fut pas toujours pacifique.

Pour en savoir plus : au Veme Empire Romain était divisé en deux, une partie avait sa capitale a Byzance, l’actuelle Istambul, et l’autre, a Ravenne, en Italie, en fait Rome n’était plus la capitale ni de l’un ni de l’autre, mais le siège de l’Eglise, lui, restait dans la ville millénaire et a Byzance pour la partie orientale de l’Empire. Cette partie orientale de l’Empire Romain est ce qui sera appelait au moyen âge l’Empire Byzantin.



Devenu chrétien, le royaume axoumite continua de prospérer. Le commerce marchait bien et les rois d’Axoum menaient une vie a la fois luxueuse et pieuse.

Ils faisaient aussi beaucoup de conquêtes et l’un d’eux envahi même le Yémen ou il fit construire une cathédrale. Mais très vite les Axoumites en furent chassés. Quoiqu’il en soit le royaume d’Axoum resta riche et puissant jusqu’au IXeme siècle environs.
Malheureusement pour Axoum cette période heureuse ne dura pas. Au VIIeme siècle après Jésus Christ, un autre événement capital eut lieu, en Arabie cette fois. Un homme du nom de Mahomet va y développer une nouvelle religion. C'est l'Islam. Au début, les adeptes de cette nouvelle religion ne furent pas très bien vu dans leur ville d'origine, la Mecque, et furent obliges de fuir. Certains se réfugièrent ou ils furent bien accueillis par le roi d'Axoum.

Pour en savoir plus : Selon la tradition musulmane éthiopienne, parmi ces nouveaux musulmans se trouvaient une des filles de Mahomet, et surtout un certain Omar qui allait devenir, a la mort de Mahomet, l'un des quatre premiers califes (les califes furent pendant les premiers siècles de l'Histoire musulmane, les chefs suprêmes au niveau politique et religieux). Cependant la encore tradition populaire et réalité historique s'oppose, car selon les sources historique, Omar serait reste auprès de Mahomet durant l'Hégire (c'est ainsi que l'on nomme le départ de Mahomet de la Mecque pour Médine, ville ou il se réfugia avec ses partisans jusqu'a se sentir assez fort pour rentrer a la Mecque. Médine est une ville situe a quelques centaines de kilomètres de la Mecque)

Ce que le roi d'Axoum ne savait pas encore, c'est que ses invites, ou plutôt leur religion, allait causer la perte de son royaume un siècle ou deux plus tard.

En effet, après quelques années d'exil, Mahomet revint en triomphateur dans son pays et devint le chef d'un nouvel état, le premier état musulman du monde. (L'exil c'est quand on est oblige de quitter son pays car les autres ne veulent plus qu'on y reste, souvent pour des raisons politiques.)
Ses successeurs, les Califes, entreprirent de grandes conquêtes et en 100 ans a peine la nouvelle religion étendit son empire depuis l'Espagne et le Maroc jusqu'aux frontieres de l'Inde en passant par le Maghreb, par l'Egypte, la Syrie, l'Arabie bien sur, l'Irak et l'Iran actuel, et l'Asie centrale.

En quoi tout cela concerne l'Ethiopie peux-tu te demander ? Il faut d'abord comprendre que dans l'Histoire, la grandeur d'un empire dépend parfois, voire souvent, de son emplacement sur les routes ou les marchands passent.
Pour Axoum le contrôle de la mer rouge, qui était un passage commercial très important, était vital. C'est de cette route que lui venaient la plupart de ses richesses. Or les Musulmans en entendant leur empire, prirent le contrôle de la mer rouge et peu a peu la grandeur d'Axoum déclina.

Au IX ou Xeme siècle, les armées de la Reine Gudit, venues de la région des montagnes du Siemen, attaquèrent le royaume d'Axoum et le mirent a sac, détruisant tout sur leur passage. Certains disent que la Reine Gudit était juive, d'autres païenne. Ce qui est sur c'est qu'elle détestait les Chrétiens et que le royaume d'Axoum, affaibli, ne résista pas a son passage. Au Xeme siècle, il semble que la dynastie axoumite est disparue (une dynastie c'est une suite de roi de la même famille, le plus souvent de père en fils).


Le royaume chrétien d'Axoum est détruit au IXeme siècle par les armées de la mystérieuse Reine Gudit

Apres la chute d'Axoum et les ravages de la Reine Gudit, l'Histoire de l'Ethiopie est tres mal connue jusqu'au XIIeme siècle.

Chapitre III. L'ére obscure et les églises du Tygrée.


Il est fort probable qu'une période d'anarchie s'installa (l'anarchie c'est quand il n'existe plus de pouvoir assez fort pour assurer l'ordre). L'Abyssinie était sans doute divisée en de nombreux petits territoires, dirigés par des chefs locaux se faisant la guerre les uns les autres.

C'est pendant cette période que furent construites les premières églises du Tigrée (le Tigrée est la région a l'extrême nord de l'Ethiopie). Ces églises sont creusées dans la roche, souvent perchées très haut sur des pitons rocheux ou même parfois au milieu de falaises très raides. Cela les rend a la fois très discrètes et très difficiles d'accès. Personne ne sait vraiment pourquoi elles ont été construites dans de tels endroits. Peut être pour se sentir plus proche de Dieu.


Vue depuis l'entrée d'une église du Tygrée



Sans doute aussi pour être cachées aux yeux d'ennemis potentiels. Rappelle toi que suite a la chute d'Axoum, l'ordre n'était plus assure et que les petites communautés villageoises étaient a la merci des bandes de hors-la-loi et de petits chefs de guerre qui devaient parcourir la région en quête de butin et de richesses faciles.



Une ferme fortifiée dans le Tygrée. Peut être que les Tygréens commencèrent à construire ce type de ferme pour se protéger des attaques fréquentes après la chute d'Axoum.

Chapitre IV. La dynastie Zagoué et les églises de lalibela.



En 1137, un nouveau roi réussit a s'imposer et a assurer un nouvel ordre sur toute l'Abyssinie. Il fonda la dynastie Zagoue (tu te rappelles ce qu'est une dynastie ?). Les Zagoue (dans le cas de cette dynastie c'est un peu comme leur nom de famille) venaient d'une région un peu plus au sud qu'Axoum, qu'on appelle le Lesta. Au cour des règnes des différents rois, ils réussirent a agrandir le royaume vers le sud et vers l'ouest. Mais attention, l'Ethiopie de cette époque n'avait pas du tout les mêmes frontières qu'aujourd'hui.

Toute la partie Est n'en faisait pas parti. Elle était contrôlée par plusieurs états musulmans que l'on appelle des émirats (chaque émirat est dirige par un émir).
Au sud les frontières de l'Ethiopie d'alors se trouvaient quelques centaines de kilomètres au nord d'Addis Abeba, la capitale actuelle, mais qui a l'époque n'existait pas encore.

Quoiqu'il en soit cette dynastie est mal connue car pour le clergé de l'époque elle n'était pas d'une lignée assez pure. Pour les prêtres, le roi d'Abyssinie devait avoir ses origines dans la région d'Axoum, ce qui n'était pas le cas des Zagoue. Du coup, la dynastie suivante qui pris le pouvoir en 1270 avec l'aide du clergé, détruisit presque tous les textes racontant l'Histoire de ce temps la. C'est sans doute pour cela aussi qu'il ne reste presque aucun texte concernant la période entre la chute d'Axoum et l'arrivée au pouvoir de la dynastie Zagoue.


Malgré cela, un des rois Zagoues laissa l'une des traces les plus connues de l'Histoire éthiopienne et qui est aujourd'hui l'un des lieux les plus visites d'Ethiopie.
Ce roi, qui s'appelait Lalibela (1185-1225), fit construire un ensemble d'églises unique au monde. Elles ne furent pas construites pierre par pierre, ou bloc par bloc, comme ailleurs, mais dégagées du sol
En fait les ouvriers du roi Lalibela creusèrent de très grands trous dans un sol qui était assez mou et dégagèrent d'énormes blocs de roches unis et compacts. Ensuite, ils taillèrent l'extérieur de ces blocs pour former des piliers et des toits. Enfin, ils creusèrent l'intérieur pour transformer les blocs en de véritables églises. Les intérieurs sont ainsi d'immenses salles voûtées, soutenues par d'énormes piliers, et sont parfois magnifiquement sculptés ou peints, le tout taille, pour chaque église, dans un seul et unique bloc de pierre.


L'une des églises de Lalibela. Celle-ci, nommée Beta Gabriel et Raphaël, fut sans doute le palais royal à l'époque du roi Lalibela.

Selon la légende ces églises, au nombre de 11, furent dégagées, creusées et taillées en 24 ans, ce qui est très peu quand on voit le travail réalisé a une époque ou, comme au temps d'Axoum, les machines motorisées n'existaient pas pour aider l'homme. Par exemple la construction de la cathédrale de Notre-dame a Paris nécessita plus de 100 ans, et ce un siècle plus tard.
Toujours selon la légende, la nuit les anges venaient relayer les ouvriers humains, ce qui aurait permis un tel prodige. L'une de ces églises, la plus fragile d'entre elle, aurait même était construite en une nuit par la Reine Meskal Kebram, la femme de Lalibela, et bien sur, les anges !

Pour en savoir plus : L'objectif de Lalibela était de construire une nouvelle Jérusalem qui servirait ensuite de lieu de pèlerinage pour le peuple éthiopien. La vrai Jérusalem aux mains des Musulmans depuis le Calife Omar (mort en 644), avait été conquises par des Chrétiens venus des royaumes d'Europe en 1099 (on les appelles les croisés et leur but avait été de reprendre le tombeau du christ aux musulmans). Cette conquête avait permis aux Chrétiens de se rendre a nouveau en pèlerinage à Jérusalem. Mais en 1187 les armées musulmanes de Saladin reprirent la ville sainte. Ce qui rendit a nouveau le pèlerinage vers celle-ci dangereux, voire impossible .C'est pourquoi Lalibela construisit cette nouvelle Jérusalem.


Il poussa le sens du détail si loin qu'il fit même creuser un canal sensé retracer le cour du Jourdain. Au fond de ce canal, toujours a sec, on peut voir une croix qui marquerait le lieu du baptême de Jésus (comme dirait Obelix : Ils sont fous ces Ethiopiens !).


Ces Eglises sont divisées en deux groupes de 5, chaque groupe se trouvant de part et d'autre du "Jourdain" et formant chacun un ensemble de carrières reliées entre elles par des tunnels et des tranchées Pour les historiens l'un de ces deux groupes serait en fait l'ancienne résidence royale et non un groupe d'église. On y trouverait le palais, la prison, des citernes d'eau, le chapelle privée de la famille royale, etc. Il est toutefois impossible d'entreprendre des fouilles plus approfondies car pour les prêtres ces édifices sont sacrés et doivent le rester.


Une des tranchées reliant les églises entre elles

Comme tu l'as peut être remarque, il y a 11 églises mais chaque groupes n'en comprend que 5. Il existe donc une dernière église, isolée des autres et qui possède sa propre carrière personnelle. Elle a la forme d'une croix grecque (une croix grecque c'est une croix dont les quatre extrémités ont la même longueur et la même largeur). Selon une autre légende (décidément que de légende), après la construction des 10 premières églises, aucune d'entre elles n'était dédiée a saint George. Saint George, le saint patron de l'Ethiopie fut très vexé d'un tel oubli et le fit savoir au roi Lalibela en rêve.

Saint George, le saint patron de l'Ethiopie.

Celui-ci répara aussitôt son erreur en entreprenant la construction de cette dernière église a laquelle il donna cette forme spéciale en croix. Une fois finie, saint George vint lui même inspecter les travaux et les traces de son cheval sont encore visible sur le sol du sentier menant au sanctuaire (c'est en tout cas ce que pensent les habitants de Lalibela).



L'église Saint-george à Lalibela

Pour cette oeuvre gigantesque a la gloire de Dieu le roi Lalibela et sa femme seront canonises quelques siècles plus tard (être canonisé cela veut dire que l'Eglise décide que l'on devient un saint).
Cependant à l'époque de Lalibela, la plupart des prêtres n'aimait pas les Zagoues. Malgré la construction de nombreuses autres églises par les successeurs de Lalibela, le clergé conspira contre cette dynastie afin de mettre sur le trône une autre famille qu'il estimait plus digne d'occuper cette place.

Chapitre V. La dynastie salomonide, des débuts paisibles. Premiers contacts avec l'Europe.


En 1270, leurs machinations aboutirent et Yekouno Amlak renversa le dernier roi Zagoue. Pour légitimer son acte (légitimer cela veut dire que l'on explique pourquoi ce que l'on a fait est juste, pourquoi on a le droit de le faire), les prêtres et le nouveau roi prétendirent que ce dernier était le descendant de Ménélik et donc de la Reine de Saba et Salomon. En tant que descendante du roi Salomon cette nouvelle dynastie fut appelée la dynastie salomonide.
Tu te rappelles la légende de Ménélik et de l'Arche d'Alliance et de son ascendance extraordinaire (l'ascendance c'est la liste de tes ancêtres, pour Ménélik c'est donc la reine de Saba, Salomon, et tous les rois juifs avant celui-ci). Et bien c'est cette légende que la dynastie salomonide a utilisée pour justifier son arrivée au pouvoir.
En fait il semble même que cette légende ait été inventée à cette époque. On la consigna (consigner cela veut dire écrire un événement pour s'en souvenir) dans un livre appelé le Kebra Negast, ce qui en vieux éthiopien veut dire "le gloire des rois'. Ce livre fut écrit et complétée tout au long des règnes des différents roi salomonides.

Pour en savoir plus : La critique que faisait le clergé a la dynastie Zagoue était de ne pas être de la région d'Axoum, il faut cependant savoir que tout ceci était sans doute bien plus compliqué qu'une simple histoire de légitimité. En effet, la nouvelle dynastie, légitime par la légende, ne venait pas elle non plus de la région d'Axoum mais sans doute du Shoa (région d'Addis Abeba) ou de la province Amhara (région au nord-ouest d'Addis).

Suite à l'ascension de cette dynastie, l'Ethiopie connut une longue période de stabilité et de calme, bien que relatif. Il y eu bien quelques querelles théologiques (ce sont des disputes a propos de l'interprétation des textes religieux) et sans doute des petites guerres avec les populations païennes du sud et musulmanes de l'est et de l'ouest (au Soudan). Mais les différents rois réussirent à réconcilier les prêtres et à maîtriser leurs ennemis extérieurs. Ces rois s'efforcèrent aussi de renforcer leur pouvoir a l'intérieur en l'organisant de mieux en mieux et en utilisant le clergé. Cependant, comme dans beaucoup de pays a l'époque, ils n'avaient pas de véritable capitale et se déplacer de ville en ville, et de forteresse en forteresse. Ces déplacements étaient nécessaires pour contrôler tout ce qui se passait dans leur pays, car en ce temps la, les communications étaient très très lentes, et la seule façon pour être sur que les populations respectent le roi et lui obéissent était d'aller les voir en personne.

Ce fut une période ou de nombreux monastères se construisirent sur les îles du lac Tana (le plus grand lac d'Ethiopie, d'ou le Nil Bleu prend sa source).

Ce fut aussi à la fin de cette période de calme, au XIVeme siècle, que l'Europe redécouvrit, même si ce fut de très loin et de façon très imprécise, l'Ethiopie. Ainsi en 1438, une délégation éthiopienne (une délégation c'est un groupe de personne qui représente un pays, ou une région par exemple) se rendit a Rome, pour participer a une très grande réunion de l'Eglise (on dit un "concile"). Ensuite, à la fin XVeme siècle, une fois que les portugais eurent trouvé un passage maritime au sud de l'Afrique, ces derniers et les éthiopiens nouèrent de plus en plus de contacts.

Chapitre VI. Le temps des invasions et l'intrusion des Jésuites.


Cette période de calme relatif prit fin dans les premières décennies (une décennie c'est 10 années) du XVIeme. Des 1516, les sultanats musulmans de la cote est (un sultanat c'est un peu comme un émirat) déclarent la guerre a l'Ethiopie. Mais les Ethiopiens repoussent rapidement les musulmans et tuent leur chef.

10 ans plus tard, le beau-fils de ce chef, devenu émir a son tour, décide de venger son prédécesseur et lance ses armées sur le royaume d'Ethiopie. Cette fois ci, les armées éthiopiennes ne réussirent pas a les repousser et pendant presque 20 ans, les troupes musulmanes du Gragn (c'est le nom sous lequel fut retenu ce chef musulman, cela veut dire le gaucher, son vrai nom était Ahmad Ibn Ibrahim al-Gazi) mirent le royaume a feu et a sang, rappelant aux Ethiopiens la période sombre de la Reine Gudit.

Les Ethiopiens n'eurent d'autres choix que d'appeler les portugais au secours. Ceux ci repondirent favorablement a cet appel a l'aide. L'interêt principal du Portugal dans cette affaire n'était pas tant d'aider les Ethiopiens que d'empecher les Musulmans d'étendre trop loin leur influence, et bien sûr, de proteger leur seul allié chrétien dans la région.
Du côté musulman, l'empire le plus puissant de l'époque était l'Empire Ottoman, qui était dirigé par des Turcs depuis la ville d'Istambul (Byzance avait été conquise par les Turcs en 1453 et était devenue Istambul). Les Ottomans avaient tout intérêt a ce que les sultanats bordant l'Ethiopie s'emparent de ce dernier pays. Ils aidèrent donc les armées de Gragn.
Ces luttes d'influence entre Turcs et Portugais étaient autant des questions religieuses que commerciales, les deux pays ayant intérêt a ce que l'autre n'est pas le contrôle de la Mer Rouge.





Finalement ce furent les Portugais qui remportèrent cette bataille et en 1543 le Gragn fut tué non loin du Lac Tana. Ses armées se replièrent alors à Harar et l'Ethiopie ne fut plus menacée de ce côté si.

Malheureusement la tranquilité ne revint pas pour autant. Au sud, les peuples Oromos commencèrent à attaquer le royaume et, pendant plus de deux cent ans ils allaient être la cause de nombreux troubles à l'extérieur et àl'intérieur du royaume d'Abyssinie.
De plus, les Turcs n'avaient pas dis leur dernier mot. Leur empire était très très grand et ils possédaient aussi l'Egypte et avaient de nombreux alliés au Soudan. C'est de ce côté là qu'ils tentèrent d'attaquer l'Ethiopie. Du coup, les rois d'Abyssinie, qui se faisaient maintenant appeler empeureurs, durent encore une fois faire appel aux portugais qui cette fois vinrent aussi avec des missionaires jésuites (des missionaires sont des personnes qui viennent dans un pays étranger pour essayer d'apporter leur religion. Les Jésuites sont un ordre de moines catholiques).
Les intentions turques furent déjouées, mais les jésuites provoquèrent de nouveaux problèmes.




Tu te rappelles que l’Ethiopie est un pays chrétien mais avec une façon de prier différente de celle des autres Chrétiens. On dit que les Ethiopiens sont Orthodoxes.
Les Jésuites arrivés avec les soldats portugais eux étaient de fervents catholiques. Cet ordre religieux avait été fondé peu de temps auparavant pour lutter contre les idées des Protestants, apparus récemment, et pour apporter la foi catholique partout dans le monde (par exemple les prêtres partis convertir les Amérindiens en Amérique du sud étaient pour la plupart des Jésuites).
Evidemment leur but en Ethiopie était de ramener ce pays chrétien dans le « droit chemin » de l’Eglise catholique. Ils réussirent à faire changer de religion deux empereurs. On ne sait pas si ces empereurs décidèrent de devenir Catholiques pour garder le soutient des Portugais ou s’ils étaient vraiment sincères.
Quelques soit la réponse, les prêtres orthodoxes eux ne furent pas contents du tout. Ils avaient beaucoup de pouvoir dans le pays. D’abord ils représentaient la religion que le peuple suivait depuis plus de 1000 ans et ensuite ils étaient en contact avec les gens bien plus que l’empereur et les Jésuites. Du coup ils n’eurent pas trop de mal a monter la population contre les prêtres catholiques (les Jésuites) et l’empereur. Ainsi, le premier empereur a devenir catholique fut assassiné après un an de règne et le deuxième, qui resta plus longtemps au pouvoir, fut obliger d’abdiquer (abdiquer c’est quand on abandonne le pouvoir pour le donner a quelqu'un d’autre) et de donner le pouvoir a son fils.

Chapitre VII. Grandeur et décadence de la dynastie gondarienne.


Le nouvel empereur s’appelait Fasilidas (1632-1667) et il prit trois décisions très importantes pour l’Ethiopie.
La première fut de chasser les Jésuites du royaume et de rétablir l’ancienne religion éthiopienne comme religion officielle.
La deuxième, qui est liée à la première, fut d’interdire l’empire éthiopien à presque tous les étrangers et surtout aux européens catholiques.
La troisième fut de fonder un capitale fixe : Gondar, une ville un peu au sud des montagnes du Siemen. Tu te rappelles que pendant longtemps les empereurs éthiopiens se déplaçaient constamment et n’avaient pas de capitale fixe. Ainsi, en créant cette capitale, Fasilidas essaya de centraliser son pouvoir et d’organiser l’administration du pays (centraliser, sa veut dire qu’un pouvoir fort venant d’un seul endroit contrôle tout le pays). L’empire fut divisé en province, chacune dirigée par un puissant noble et divisée en districts eux-mêmes dirigés par des petits nobles qui obéissaient au chef de la province.
Comme les empereurs s’installèrent a Gondar et n’en bougèrent plus, on dit que Fasilidas et ses successeurs appartiennent a la dynastie gondarienne.

Les empereurs de cette dynastie furent tous très croyants et très intéressés par les recherches intellectuelles a propos de la religion (on dit la théologie). Ils construisirent de nombreuses bibliothèques dans lesquelles se trouvaient tous les livres écrits par des moines, des prêtres et d’autre intellectuels.




Mais ils s’intéressèrent aussi aux arts profanes (les choses profanes c’est tout ce qui ne concerne pas la religion) comme la poésie, la danse, la musique et le théâtre. Ce fut une époque de grande stimulation intellectuelle

De nombreux bâtiments furent construits à Gondar : églises, bibliothèques, grands halls pour les réceptions, plusieurs empereurs se firent construire leur propre palais pour marquer l’Histoire. Tout cela dans un style mêlant les influences axoumites (style architectural d’Axoum), portugais (sans doute par des connaissances acquises auparavant, car les Portugais n’étaient plus admis dans l’empire) et indiennes (le commerce avec l’Inde était en plein développement), style qui donna naissance à l’architecture gondarienne.









Mais tout n’allait pas pour le mieux dans le meilleur des mondes en Ethiopie, loin de là ! Si la culture se développait à grands pas, le royaume connut vite de graves problèmes politiques. En fait, toute cette activité artistique et intellectuelle était limitée à Gondar, la cité impériale.
Celle-ci vivait et se développait à l’écart du reste de l’Ethiopie.
Pendant ce temps, les Oromos venus du sud continuaient leurs invasions. Même si la plupart du temps les armées impériales les repoussaient, cela créait un climat d’instabilité et de peur peu propice au développement d’un pays.

De plus, comme les empereurs restaient maintenant à Gondar et n’apparaissaient plus que rarement aux yeux de leur population, leur pouvoir semblait lointain et de plus en plus abstrait. Tu te rappelles qu’avant la dynastie gondarienne, les empereurs éthiopiens se déplaçaient de place en place avec leur cour, afin de maintenir leur autorité auprès du peuple et surtout des petits nobles toujours prêts à se rebeller. A cette époque les outils de communications étaient très limités. Pour qu’une nouvelle parvienne cent kilomètres plus loin il fallait au minimum deux trois jours, sans compter le risque d’être perdue en cas d’attaque de brigands par exemple.
Cette absence de moyen de communication faisait qu’il était très difficile de gouverner à distance et sans se déplacer. Le projet d’un gouvernement centraliser était sans doute arrivait trop tôt (tu te rappelles ce que c’est un gouvernement centralisé ? ).

Enfin, le fait de fixer la capitale apporta aussi des problèmes au sein même de celle-ci. Une cour de plus en plus importante s’y installa auprès de l’empereur, vivant dans l’oisiveté et le luxe (l’oisiveté cela veut dire que l’on ne fait pas grand-chose de ses journées, que l’on ne travaille pas et que l’on ne s’occupe que de ses plaisirs).
Cette existence de plaisir fut condamnée par certains prêtres qui décrivirent la cour de Gondar comme décadente (la décadence, c’est quand les valeurs morales se perdent, entraînant la chute d’une société).
Mais surtout, ces hommes et ces femmes occupaient à rien de précis et vivant si proches du pouvoir, se mirent à intriguer et conspirer en petit groupe, cherchant à influencer la politique impériale, voire à placer leur propre empereur sur le trône. Ces groupes que l’on appelle des clans, se constituaient le plus souvent autours d’une même origine géographique : tel clan était composé de la noblesse de telle région et ainsi de suite.

La cour de Gondar devint un nid d’intrigues, de rumeurs et de complots. En 1706, Iyassou Ier (1682-1706), connu comme le plus grand empereur gondarien, fut assassiné. Par la suite, les empereurs qui moururent de mort naturelle furent des exceptions et le meurtre devint l’outil de succession le plus commun. Les empereurs se méfiaient de tout le monde et surtout de leur propre famille (les frères, fils, cousins, etc. de l’empereur étaient les candidats les plus proches du trône en cas de décès de celui-ci). Ainsi quand un empereur accédait au trône, la première chose qu’il faisait était d’enfermer tous les membres de sa famille dans une prison spécialement construite à cet effet au sommet d’une montagne.




Après la mort d’Iyassou Ier, le pouvoir passa peu à peu aux mains de ces différents clans, même si certains empereurs plus fermes que les autres réussirent parfois à restaurer quelque peu leur pouvoir. Ainsi, dès les années 1760-1770, le pouvoir avait définitivement quitté les mains de l’empereur et l’empire, dont l’existence n’était plus qu’un nom, se divisa en de multiples petites régions indépendantes se faisant la guerre les unes aux autres. Encore une fois le pays sombra dans l’anarchie.

Chapitre VIII. Théodoros et le rêve d'une Ethiopie moderne.


Pendant presque cent ans le pays resta dans cet état. En 1855, un petit chef de guerre nommé Khassa réussit à battre un par un les autres seigneurs et à s’imposer comme empereur sous le nom de Théodoros (1855-1868).
Il installa le centre de son pouvoir plus à l’est, à Maqdala où il fit construire une forteresse. C’était un homme ambitieux et il essaya de moderniser son pays surtout au niveau de l’armée et des voies de communication. Mais il avait beaucoup d’ennemis, surtout parmi les prètres et les nobles, et il ne parvint jamais véritablement à accomplir ses projets. Il développa aussi les relations avec les pays européens et en particulier l’Angleterre.
En 1862, il envoya une lettre à sa « sœur » la reine Victoria pour lui demander une aide technique et militaire dans sa lutte contre les Turcs (la reine Victoria était la reine d’Angleterre à cette époque là). Il pensait qu’entre chrétiens une alliance contre l’empire musulman allait de soi.
Mais en Europe, les intérêts politiques et commerciaux avaient depuis longtemps pris plus d’importance que les questions religieuses. Et, pour le moment, la reine Victoria avait plutôt intérêt à rester amie avec les Turcs. Aucune réponse ne parvint donc à Théodoros.
Celui-ci était brillant mais aussi très orgueilleux. Il fut affreusement vexé du silence de l’Angleterre. Très en colère, il prit en otage (fit prisonnier) les quelques citoyens anglais qui se trouvaient en Ethiopie, espérant ainsi attirer l’attention de la reine. Il réussit si bien que l’Angleterre envoya une armée de 32000 hommes, non pour l’aider a lutter contre les musulmans mais pour faire la guerre à l’Ethiopie.
Rapidement les troupes anglaises gagnèrent des batailles et assiégèrent Maqdala. Se sachant perdu, Théodoros préféra se suicider que de se rendre.

Chapitre IX. Les derniers empereurs et l'entrée de l'Ethiopie dans l'ére moderne.






Suite à la mort de Théodoros, le seigneur de la région du Tigrée réussit a son tour à s’imposer comme empereur sous le nom de Yohannes IV (1872-1889). Officiellement, il était descendant de la dynastie Salomonide et il fut sans doute aidé par les Anglais qu’il avait discrètement soutenu dans leur guerre contre Théodoros. Son pouvoir ne s’étendait en fait que sur la vieille Abyssinie et s’arrêtait aux frontières du Choa, la région de l’actuelle Addis Abeba.
Cette région était dirigée par le roi Ménélik II, un cousin de Yohannes IV et lui aussi membre de la famille salamonide, qui allait ensuite devenir empereur.Yohannes fut un empereur très religieux dont les principales actions furent de lutter contre les musulmans à l'intérieur et l'extérieur de son empire. Il mourut d'ailleurs en luttant contre des musulmans soudanais qui avaient pillé Gondar plusieurs fois.

En 1889, Ménélik II devint empereur à son tour. Son règne fut marqué par une forte modernisation du pays : construction d'une ligne de chemin de fer, de ponts et de routes, première installation de l'eau courante et de l'électricité (dans le palais seulement), premières banques et écoles, modernisation de l'armée, etc.La deuxième grande oeuvre de Ménélik fut la conquête militaire de tout le sud et l'est de l'Ethiopie actuelle. C'est lui qui donna au pays ses frontières modernes.

Enfin, le règne de Ménélik II fut marqué par deux événements d'importance :

Fondation d'Addis Abeba, en 1889, qui devint aussitôt la capitale impériale.

Victoire d'Adwa le 2 mars 1896. Les troupes éthiopiennes défont l'armée italienne qui essayait d'envahir l'Ethiopie à partir de l'Erythrée. Cette bataille est très importante car se fut la première grande victoire d'une armée africaine sur une armée européenne. Cette victoire mit l'Ethiopie à l'abris des volontés colonialistes de l'Europe pour presque 50 ans.

L' empereur Ménélik II mourut en 1913. Avec lui l'Ethiopie est rentrée dans l'ére moderne. En 1930, l'empereur Hailé Séllassié monte sur le trône après avoir gouverner l'Ethiopie en tant que régent (un régent c'est quelqu'un qui dirige le pays à la place d'un roi ou d'un empereur car on estime que celui ci est incapable d'assumer sa fonction. Souivent c'est que le roi ou l'empereur est un enfant, mais dans le cas présent, c'est que l'empereur était une impératrice et à cette époque une femme ne pouvait pas excercer le pouvoir en Ethiopie).



Hailé Séllassié continua de moderniser son pays mais surtout au profit des nobles et familles riches. Il commit aussi de nombreuses erreurs dans sa politique avec les régions éthiopiennes qui bordent le pays et qui réclamaient leur indépendance. Surtout l'Erythrée. En 1973-1974 un groupe de militaires prend le pouvoir et Hailé Sellasié est obligé de se retirer.

Chapitre X. La dictature communiste.

Les militaires mettent un nouveau régime en place et décident de suivre la politique communiste de l'URSS. Les choses ne s'arrangent pas vraiment par rapport à l'Empire. Les mesures prises sont innéficaces, voire catastrophiques en ce qui concerne l'économie. Les gens sont privés du peu de libertée qu'ils avaient. Personne n'a le droit de dire ou d'écrire ce qu'il pense et les gens qui s'opposent au président Mengistu sont emprisonnés ou exécutés : c'est une dictature terrible.

Dans les années 1984-1985, de terribles famines touchent le pays. Le monde entier a pitié de l'Ethiopie et de partout on envoie de l'aide. Plus tard, on apprendra que cette famine a été entretenue par le gouvernement pour affamer les zones rebelles.

Chapitre XI. L'Ethiopie des 20 dernières années.

En 1989, l'URSS se libéralise et abandonne peu à peu son régime communiste. Les Russes stoppent ainsi leurs soutiens à Mengistu qui est obligé de quitter le pays. Depuis le pays est dirigé par un gouvernement dit démocratique mais qui n'a pas changé depuis 16 ans et dont les opposants sont pour la plupart en prison.

L'Ethiopie a encore beaucoup de problèmes, à l'intérieur ou la plupart des gens osnt très pauvres et à l'extérieur ou les relations avec les autres pays sont très tendues, la Somalie et l'Erythrée notamment.